Des booléens et des lapins

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Lorsque des bibliothécaires ou des documentalistes forment aux outils de la recherche documentaire, ils insistent en général sur les opérateurs booléens. Ces opérateurs logiques permettent d’écrire des équations très élaborées pour obtenir de l’information pertinente. Ils supposent une recherche autour du sujet pour déterminer des mots-clés, des synonymes, des termes techniques par l’emploi de dictionnaires, encyclopédies, manuels, connaissances préalables…

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Cette pratique est ancrée dans l’utilisation de bases de données complexes, très structurées, autrefois difficiles d’interrogation (quoique, autrefois…). Aujourd’hui, la fausse simplicité de l’utilisation des moteurs de recherche incite les étudiants (notamment) à abandonner ces équations complexes pour se tourner vers des interrogations en langage naturel.
Le problème est que, si certains moteurs de recherche tel Google et DuckDuckGo, travaillent sur la recherche sémantique,

« La recherche sémantique a pour objectif d’améliorer la précision de recherche par la compréhension de l’objectif de recherche et la signification contextuelle des termes tels qu’ils apparaissent dans l’espace de données recherché, que ce soit sur le Web ou dans un système fermé, afin de générer des résultats plus pertinents ».  fr.wikipedia.org/wiki/Recherche_sémantique

de nombreuses bases de données s’appuient sur des moteurs de recherche qui utilisent toujours un système structuré dans lequel les opérateurs ont toute leur place et leur utilité (opérateurs booléens, opérateurs de proximité mais également champs de recherche : titre, auteur, résumé, mots-clés…). Or, en général, les étudiants ne font pas la différence entre langage naturel et langue d’indexation et leurs habitudes de recherche font qu’ils n’utilisent pas ou peu les opérateurs dans les bases de données scientifiques (je parle ici des pratiques observées en formation à la recherche documentaire, je n’ai pas de chiffres exacts).

Si Google semble bien enterrer la recherche par opérateurs (disparition du ~ pour la recherche de synonymes, du + pour forcer la recherche sur la forme exacte du mot et invalidation du – pour le NOT…), la réalité d’un web sémantique ne touche pas encore la majorité des bases de données utilisées par les étudiants (essayez Europresse, par exemple, mouhahaha !).

Le n° 340 de la revue BASES, titre sur la disparition des opérateurs booléens pour la recherche internet généraliste. Il en ressort cependant que, malgré des travaux comme le Rankbrain de Google, la recherche en langage naturelle est certes pertinente, mais finalement encore limitée.
Ils conseillent d’ailleurs une méthode en 3 étapes :

  1. tout d’abord, faire une requête en langage naturel pour laisser le moteur réfléchir à sa place et découvrir des ressources que l’on n’aurait pas pensé chercher (ouais sérendipité, ok) ;
  2. faire une requête plus traditionnelle pour affiner sa recherche et explorer les pistes trouvées précédemment ;
  3. et enfin, utiliser une requête sous forme de réponse, notamment si l’on manque d’éléments précis (c’est-à-dire une requête telle que : « la recherche sémantique est » au lieu de « recherche sémantique définition »).

Le problème c’est qu’il s’agit encore ici d’une pratique de spécialistes. Et la confusion grandit car la méthode de recherche entre les différents outils se différencie de plus en plus.

Lors de mes formations, j’insiste sur ces différences en présentant les spécificités des outils et de leurs modes d’interrogation : b ase de données spécialisée vs catalogue de bibliothèque moyenne vs moteur de recherche internet.


Le problème c’est que de plus en plus de bases de données proposent un mode d’interrogation simple s’appuyant sur le modèle Google tout en fonctionnant sur un système standard avec opérateurs, nous en laissant la surprise. C’est troublant, obscur, et cela complexifie le travail pour la personne qui fait la recherche.

En résumé, il me semble encore tout à fait intéressant de parler des opérateurs booléens en formation car cela permet d’évoquer la complexité de la recherche, du fait de ne pas se cantonner à deux ou trois termes vaguement extraits de son sujet, mais de questionner la pluralité des sens, la synonymie, les sujets connexes, mais également de la complémentarité des outils.

Des fiches d’aide

En recherche documentaire, on se rend vite compte que les ressources ne font pas la bibliothèque. Sans médiation, formation, communication, elles restent relativement méconnues et souvent sous-exploitées. Le renseignement à l’accueil est une première passerelle, mais la formation et la mise à disposition de documents (avec ou sans lien entre les deux), peut beaucoup aider à en améliorer la connaissance et l’exploitation.

À l’issue de mes formations, j’ai toujours peur que les gens repartent gavés d’informations indigestes qu’ils auront oubliées au bout de deux jours. C’est pourquoi, j’ai d’abord beaucoup, beaucoup (beaucoup) élagué mes contenus et j’ai créé des aides-mémoire sous forme de fiches mises à la disposition des lecteurs, à l’entrée de la bibliothèque.

Au CDEM, nous avons un super relais pour la reprographie et les impressions avec un budget assez large pour permettre différentes productions. J’ai donc pu créer et faire imprimer ces fiches au format A5 que l’ont peut insérer dans une pochette cartonnée dédiée, pratique et élégante ! Elle se glisse parfaitement dans le superbe tote bag de la bibliothèque  (et elles sont au même format que notre guide du lecteur).

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Notre élégant tote bag porté avec tout autant d’élégance par nos lecteurs, jusqu’à Rome !

Pour rédiger ces fiches, je me suis beaucoup inspirée du travail d’Aurélie Gandour et de son blog How to do a Literature Review (en anglais, comme son nom l’indique) qui est particulièrement bien fait et (très) bien pensé. J’ai également exploité le site InfoSphère qui a subi une grande remise à niveau  il y a peu, et qui reste une ressource de fond très complète. Enfin, je me suis beaucoup basée sur le livre The Craft of Research (eh oui, encore une ressource anglo-saxonne), dont j’apprécie la manière très concrète d’envisager le travail de recherche (mémoire, exposé…).

Il y a donc 8 fiches disponibles, certaines descriptives (les bases de données de la bibliothèque), d’autres tournées vers les outils (comment interroger le catalogue, une base donnée, Google) et enfin d’autres plus pratiques (optimiser sa recherche à la bibliothèque, lire moins pour être plus efficace – celle-ci, je n’y aurais pas pensé sans The Craft of Research et le blog d’Aurélie Gandour).

Je vous les propose en téléchargement ci-dessous, dans la version septembre 2016 :

Optimiser sa recherche dans le catalogue

Optimiser la lecture de documents

Optimiser son utilisation de la bibliothèque

Utiliser Google pour ses recherches

Crédibilité des ressources internet

Utiliser les opérateurs booléens

 

Durant les travaux, l’exposition continue

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Je suis en train de travailler sur une nouvelle infographie plus généraliste sur le déroulement d’un travail de recherche. C’est, pour moi, une manière de faire la synthèse de mes différentes lectures (The Craft of Research de Wayne C. Booth (et al.) aux University Press of Chicago de 2008 et Pour réussir de Bernard Dionne déjà cité dans ce blog, notamment). Il s’agit donc d’un travail en cours que je dois faire mûrir et pour lequel je suis ouverte à toute critique (constructive).

Mise à jour du vendredi 17 juillet. Avec l’aide de Maud et d’Aurélie, j’ai retravaillé certains points, je vais maintenant la laisser reposer pour la reprendre plus tard et terminer les corrections (et mettre en place une version anglaise !).

Communication des formations

Dans notre bibliothèque, puisque nous proposons maintenant une offre de formations, nous avons décidé de créer des supports de communication. En interne, les formations ont été annoncées et relayées dans le cadre du conseil de la documentation, mais pour les lecteurs externes, il était intéressant, en plus du site internet (en cours) et de la page Facebook, de pouvoir disposer d’un support informatif. Personnellement, j’aime assez les cartes postales : elles se glissent facilement dans un livre, quand il reste de la place dessus (ce que j’essaye de faire à chaque fois), on peut noter des petites choses, un rendez-vous, un numéro de téléphone… Bref, se réapproprier le support, au risque, bien sûr, que le message disparaisse derrière le médium…

Pour ce travail-ci, j’ai choisi deux motifs : les outils et la licorne. Les outils sont assez évidents, mais je leur garde une place à part dans mon cœur pour avoir fabriqué des clefs en plastiques dans l’atelier moulage des Beaux-Arts de Rennes. D’ailleurs, je les réutiliserai dans un prochain visuel… Quant à la licorne, je l’aime pour son côté terriblement kitsch mais tout à fait évocateur des usagers de la bibliothèque arrivant benoîtement à l’accueil en espérant trouver LE document qui répondra à l’intégralité de leur sujet de recherche.

Communication des formations« Unicorn » Yosuke Muroya CC-BY-NC
« Vintage tools » Shawnee Union CC-BY-NC

The « F » word : trouver de l’information… (et ensuite ?)

Unicorn

Je suis tombée sur cet article d’Emma, bibliothécaire spécialiste en compétences informationnelles à l’université East Anglia, auteur du blog The mongoose librarian qui m’a fait réfléchir aux formations à la recherche doc que l’on délivre en bibliothèque universitaire. La plupart du temps, j’ai l’impression que les articles sur les compétences informationnelles enfoncent des portes ouvertes (pour assoir une quelconque validité extrinsèque de la recherche documentaire en général ?). Mais cet article-ci a le mérite de mettre l’accent sur une partie des compétences de la recherche que nous n’avons souvent pas le temps d’aborder en formation : la distinction des sources.
La plupart des méthodologies, la mienne incluse, insiste sur le fait de trouver l’information. Pour Emma, dans ce monde submergé d’infos, trouver de l’information, est assez aisé. Trouver la bonne information, ce qui implique de critiquer, de juger, de distinguer et de réfléchir, n’est, finalement, pas une évidence.
Pour l’auteur de cet article, le plus important, est ce que l’étudiant doit faire de l’information trouvée. Comment va-t-il créer du sens autour d’elle ? Et surtout, lui fournit-on, à la fac, la méthode pour le faire ?
En bibliothèque, pour présenter le concept d’information, on adopte deux postures. La première est celle de la recherche d’information : chercher, trouver, c’est fini !
La seconde est plus académique : on cherche de l’information, on la lit, on l’exploite, on la critique.
Trouver est une étape de base que l’on peut aborder avec les premières années. Ensuite, il faut appréhender la manière dont on utilise l’information. Il s’agit alors de s’engager dans une pratique académique.
Globalement, même si la question de l’exploitation des documents n’est pas abordée en formation à la recherche documentaire, il est bon de prendre le temps d’expliquer que le moment où l’on trouve l’information n’est pas une fin, mais le début de tout le travail.
Et là, je vois déjà le désespoir dans l’œil des étudiants !

La question qui reste ouverte, c’est comment et avec quelle validité peut-on travailler ces étapes avec les étudiants ? Est-ce du ressort de la bibliothèque universitaire ou enseignants ? Je suppose qu’aujourd’hui, il n’y a pas de réponse idéale, cela dépendra des demandes des enseignants, des étudiants, de la politique de la bibliothèque, du temps et des compétences de son personnel…

En attendant, pour les étudiants qui cherchent de la méthodologie (ce qui m’a tellement manqué pendant mes études, il faut le dire), je ne saurai que trop conseiller l’achat et l’exploitation assidue de cet excellent livre québecois Pour réussir, guide méthodologique pour les études et la recherche de Bernard Dionne.